La Nissan 240SX est un coupé propulsion vendu en Amérique du Nord de 1989 à 1998. Deux générations se succèdent, la S13 puis la S14, toutes deux animées par le quatre cylindres KA24. Abordable et bien équilibrée, elle est devenue la reine du drift et une icône de la culture JDM.
La genèse de la Nissan 240SX
Nissan lance la 240SX sur le marché nord-américain en 1989. Elle prend la relève de la 200SX à châssis S12, un coupé vieillissant. L’objectif tient en une phrase : offrir une sportive légère, amusante et bon marché.
La recette repose sur le châssis S, une plateforme à propulsion simple et solide. Le moteur retenu est un quatre cylindres atmosphérique de 2,4 litres, le KA24, choisi pour son coût et sa fiabilité sur le sol américain. Selon la fiche technique Nissan reprise par Wikipedia, ce bloc anime la voiture toute sa carrière, de 1989 à 1998.
Pas de turbo d’usine, contrairement aux cousines japonaises. Ce parti pris a déçu à l’époque. Il a pourtant offert aux préparateurs une base saine, prête à encaisser bien plus de puissance.
La force du châssis S tient dans sa simplicité. Propulsion, moteur avant longitudinal, poids contenu : tout est réuni pour une conduite joueuse. Nissan visait le jeune conducteur américain, pas le collectionneur. Trente ans plus tard, le résultat a changé de camp.
La 240SX S13, la génération culte (1989-1994)
La première génération, nom de code S13, a forgé l’image de la 240SX. C’est elle que recherchent les amateurs de drift et de JDM. Son style résume la fin des années 80.
Trois carrosseries pour un même coupé
La S13 se décline en trois silhouettes, ce qui a nourri sa popularité :
- Fastback : le hayon long et les phares escamotables, l’image la plus connue.
- Coupé : une malle classique, proche de la Silvia japonaise.
- Cabriolet : une petite série signée du préparateur ASC, rare aujourd’hui.
Les phares escamotables restent la signature de cette génération. Ils donnent à la voiture ce charme nostalgique que personne n’a oublié.
Du KA24E au KA24DE
Deux versions du 2,4 litres se succèdent. De 1989 à 1990, la S13 reçoit le KA24E, un simple arbre à cames en tête de 140 chevaux d’après la fiche Nissan. À partir de 1991, le KA24DE à double arbre à cames grimpe à 155 chevaux à 5 600 tr/min. Le gain reste modeste, mais le moteur respire mieux dans les tours. Sa robustesse en a fait la base préférée des préparateurs.
La 240SX S14, la version assagie (1995-1998)
En 1995, la S14 remplace la S13. C’est une évolution, pas une rupture. Nissan cherche une voiture plus mûre, plus large et plus confortable.
La fin des phares escamotables : Zenki et Kouki
Le changement saute aux yeux. Les phares escamotables disparaissent au profit d’optiques fixes. La carrosserie s’arrondit et s’élargit. Deux phases rythment la carrière de la S14. La Zenki (1995-1996) affiche des feux ronds et une allure douce. La Kouki (1997-1998), restylée, adopte des phares effilés et un pare-chocs plus agressif, très prisé aujourd’hui.
Un châssis plus rigide
Nissan rigidifie la structure et allonge un peu l’empattement. La S14 gagne en stabilité à haute vitesse et en confort. Elle perd le côté joueur de la S13. Sous le capot, rien ne change : le KA24DE de 155 chevaux reste seul au menu. Les fans espéraient un turbo japonais, ils ont eu une évolution prudente. La dernière 240SX est sortie de chaîne le 23 juillet 1998, d’après les données de production Nissan, tournant définitivement la page de la sportive abordable.
240SX, Silvia et 180SX : une même famille
Beaucoup confondent ces noms. Ils désignent des cousines bâties sur le même châssis S, mais vendues sur des marchés différents.
La 240SX reste réservée à l’Amérique du Nord, avec son 2,4 litres KA24. La Silvia, elle, ne quitte pas le Japon, souvent en turbo SR20DET de 2 litres. La 180SX vise aussi le marché japonais, quand la 200SX habille l’Europe. Mêmes gènes, quatre badges.
Cette parenté explique pourquoi tant de 240SX reçoivent des pièces de Silvia. Faces avant, moteurs, trains roulants s’échangent sans peine. La modification la plus emblématique s’appelle Sileighty, ou Sil-Eighty : greffer la face avant fixe de la Silvia sur une 180SX ou une 240SX à phares escamotables. Nissan a même produit une série officielle. Cette hybridation raconte à elle seule les liens entre les modèles du châssis S.
Pourquoi la 240SX est devenue la reine du drift
Si la 240SX est entrée dans la légende, ce n’est pas grâce à ses chevaux. C’est son potentiel qui a tout changé. Aux États-Unis, elle est vite devenue l’arme préférée des drifters.
Propulsion, légèreté, équilibre
Plusieurs atouts expliquent ce succès dans la glisse :
- Propulsion : la base indispensable pour partir en travers.
- Répartition des masses proche de 55/45, saine et prévisible.
- Suspension arrière multibras, précise en dérapage.
- Prix d’occasion longtemps dérisoire.
Selon la fiche technique reprise par Wikipedia, la S13 combine jambes MacPherson à l’avant et train multibras à l’arrière. Ce montage aide à tenir l’angle sans surprise.
Le swap SR20DET et le potentiel
Le KA24 manque de punch, mais le châssis en encaisse bien plus. Les ateliers greffent le SR20DET turbo de la Silvia, parfois un V8 américain. La préparation et le tuning transforment le coupé en machine à drifter, pour une facture souvent inférieure à celle d’une sportive plus prestigieuse.
Formula Drift et compétition
La 240SX reste un pilier des paddocks. Les S13 et S14 courent encore en Formula Drift aux États-Unis et ont marqué le D1 Grand Prix japonais. Un catalogue de pièces énorme entoure le châssis S : trains roulants, ponts, refroidissement, tout existe en version compétition. Cette longévité en piste a scellé son statut d’icône bien au-delà des amateurs.
La 240SX dans la pop culture et sa cote actuelle
Un modèle ne devient culte que lorsqu’il déborde du bitume. La 240SX a d’abord envahi les écrans, avant de grimper dans les ventes aux enchères.
Jeux vidéo et cinéma
Toute une génération l’a découverte manette en main. La 240SX et sa jumelle 180SX figurent dans Gran Turismo et Need for Speed, souvent comme premières voitures accessibles pour apprendre la glisse virtuelle. Le drift lui-même s’est diffusé grâce à l’anime Initial D, aux jeux vidéo et au film Fast and Furious Tokyo Drift. Ces apparitions ont forgé sa réputation mondiale auprès d’un public qui n’avait jamais approché une vraie S13.
Le drift tax et la collection
Cette gloire a un revers : le drift tax. Des milliers d’exemplaires ont été modifiés, accidentés ou usés en glisse. Les 240SX propres et d’origine se raréfient, et les prix se sont envolés. Selon Hagerty, spécialiste américain de la cote de collection, une S13 en état moyen tournait autour de 15 600 dollars ces dernières années, les plus beaux exemplaires dépassant 20 000 dollars aux enchères. Avant de sauter le pas, mieux vaut lire un guide d’achat de la 240SX pour repérer la rouille et les préparations douteuses.
De la S13 à phares escamotables à la S14 assagie, la 240SX aura marqué son époque par son équilibre plus que par sa puissance. Elle reste une toile blanche pour les préparateurs et un morceau d’histoire de l’automobile japonaise des années 90.