La BMW M1 est une voiture à part. C’est un sujet qui revient tout le temps quand on parle des légendes de l’automobile. On va être direct avec vous : c’est la première et unique supercar à moteur central jamais produite en série par la marque. Son histoire est celle d’un projet fou, né pour la course mais devenu une icône de la route à cause d’une production chaotique. On vous explique tout : de sa fiche technique complète à sa valeur actuelle sur le marché de la collection.
BMW M1 : la fiche technique complète
| Caractéristique | Version Route (E26) | Version Procar (Compétition) |
|---|---|---|
| Modèle | BMW M1 (E26) | BMW M1 Procar |
| Années de production | 1978 – 1981 | 1979 – 1980 |
| Exemplaires produits | 399 | Environ 54 |
| Designer | Giorgetto Giugiaro (Italdesign) | Idem, avec kit aérodynamique |
| Moteur | M88, 6-cylindres en ligne, 24 soupapes | M49, 6-cylindres en ligne, 24 soupapes |
| Position | Longitudinale centrale arrière | Longitudinale centrale arrière |
| Cylindrée | 3 453 cm³ | 3 498 cm³ |
| Alimentation | Injection mécanique Kugelfischer | Injection mécanique Kugelfischer optimisée |
| Puissance | 277 ch à 6 500 tr/min | 470 ch à 9 000 tr/min |
| Couple | 330 N·m à 5 000 tr/min | Non spécifié |
| Transmission | Propulsion, boîte manuelle ZF 5 rapports | Propulsion, boîte manuelle ZF 5 rapports renforcée |
| Châssis | Tubulaire en acier | Tubulaire en acier avec arceau intégré |
| Masse à vide | 1 300 kg | Environ 1 020 kg |
| Vitesse max | 262 km/h | 310 km/h |
| 0 à 100 km/h | 5,6 s | 4,5 s |
| Dimensions (L x l x h) | 4359 x 1824 x 1138 mm | Élargie, avec aileron proéminent |
Aux origines d’une icône : le projet M1
Pour comprendre la M1, il faut revenir dans les années 70. À cette époque, BMW domine les championnats de voitures de tourisme avec sa fameuse 3.0 CSL « Batmobile ». Mais la marque veut aller plus loin. L’objectif est clair : affronter les géants comme Porsche et Ferrari sur leur propre terrain, celui des courses de Grand Tourisme (GT).
Le règlement sportif de la FIA est très strict. Pour homologuer une voiture en Groupe 4, puis en Groupe 5, il faut d’abord produire et vendre un minimum de 400 exemplaires de route. C’est cette contrainte qui va donner naissance au projet E26, le nom de code de la future M1.
L’homme derrière le projet 💡
C’est Jochen Neerspach, le directeur de BMW Motorsport GmbH (la branche sport de BMW), qui lance l’idée. Il est convaincu que la marque a besoin d’une voiture à moteur central pour s’imposer au plus haut niveau de la compétition automobile.
Le projet ne part pas de zéro. En 1972, BMW avait déjà présenté un concept-car qui a marqué les esprits : la BMW Turbo. Dessinée par le Français Paul Bracq, cette voiture posait les bases stylistiques et techniques : un profil très bas, un moteur central et des portes papillon. Si les portes papillon seront abandonnées pour des raisons de coût et de rigidité, l’ADN de la M1 est déjà là.
BMW est un motoriste exceptionnel, mais construire une supercar à partir d’une feuille blanche est un autre métier. Pour gagner du temps et bénéficier d’un savoir-faire spécifique, la direction prend une décision stratégique : s’associer avec un spécialiste italien des voitures de sport. Le partenaire choisi n’est autre que Lamborghini.
Une production chaotique : l’axe Italie-Allemagne
Le plan initial semblait parfait. En 1976, BMW signe un accord avec Lamborghini. Le constructeur italien, connu pour ses Countach et Miura, est chargé de développer le châssis tubulaire et de gérer l’assemblage final des 400 voitures nécessaires à l’homologation.
Mais les choses tournent vite au vinaigre. Lamborghini traverse à cette période une grave crise financière. L’entreprise est au bord de la faillite, les usines tournent au ralenti et le projet M1 prend un retard considérable. BMW s’impatiente et, face à l’incapacité de son partenaire à tenir ses engagements, décide de reprendre le contrôle total du projet en 1977.
Le problème, c’est que BMW n’a pas l’outil industriel pour fabriquer une telle voiture. La solution ? Un véritable puzzle industriel, dispersé entre l’Italie et l’Allemagne. La chaîne de production est devenue légendaire pour sa complexité.
- Le châssis tubulaire en acier : il est fabriqué par la société Marchesi à Modène, en Italie.
- La carrosserie en fibre de verre : elle est moulée et fournie par Italdesign, l’entreprise de Giugiaro, à Turin.
- L’assemblage châssis/carrosserie : cette étape est aussi réalisée par Italdesign, qui « marie » les deux éléments.
- L’assemblage final : les caisses sont ensuite envoyées en Allemagne, à Stuttgart, chez le carrossier Baur. C’est là qu’on installe le moteur M88, la transmission, les suspensions et l’intérieur.
- Le contrôle qualité : enfin, chaque voiture finie est envoyée chez BMW Motorsport à Munich pour une inspection finale avant la livraison.
Cette méthode a des conséquences directes : la production est extrêmement lente et les coûts de fabrication explosent. Les retards s’accumulent et le calendrier sportif initial n’est plus tenable. C’est ce chaos qui rend aujourd’hui chaque exemplaire de la M1 si unique et précieux.
Un design signé Giugiaro : entre agressivité et pureté
Le design de la BMW M1 est l’œuvre de Giorgetto Giugiaro et de son studio Italdesign. C’est une pure représentation du style « wedge design » (design en coin) qui était très populaire dans les années 70. La voiture est incroyablement basse, avec une hauteur de seulement 1,14 mètre, et ses lignes sont tendues, nettes et sans fioritures.
Plusieurs éléments de son design sont devenus iconiques et contribuent à son identité forte. On pense d’abord aux phares avant escamotables, un incontournable des supercars de l’époque. Le double haricot, symbole de BMW, est réduit à sa plus simple expression sur le nez de la voiture, presque comme une signature discrète.
D’autres détails sont tout aussi importants :
- Les persiennes noires qui recouvrent le capot moteur arrière, pour aider à l’évacuation de la chaleur.
- Le double logo BMW à l’arrière, un hommage direct au concept-car BMW Turbo de 1972.
- Les jantes spécifiques de 16 pouces, soit des Campagnolo à cinq branches, soit des BBS à rayons croisés.
À l’intérieur, l’ambiance est sobre et fonctionnelle. Le cockpit est clairement orienté vers le pilote, avec une instrumentation simple et lisible. Malgré le design extérieur italien, l’ergonomie est typiquement allemande : tout est à sa place, sans chichis. Les sièges baquets offrent un bon maintien, préparant le conducteur à l’expérience de conduite d’une vraie voiture de sport.
Le cœur de la bête : le moteur M88, un six-en-ligne de légende
Si le design est italien, le cœur de la M1 est 100% bavarois. Et quel cœur ! Le moteur M88 est un chef-d’œuvre de BMW Motorsport et la véritable âme de la voiture. C’est un six cylindres en ligne de 3,5 litres, une architecture noble et emblématique de la marque.
Ce n’est pas n’importe quel six cylindres. Le M88 est un moteur directement dérivé de la compétition. Il dispose d’une technologie de pointe pour l’époque : une culasse à 24 soupapes, un double arbre à cames en tête, une injection mécanique Kugelfischer et une lubrification par carter sec pour éviter les déjaugeages en courbe.
Des performances toujours d’actualité 🚀
Dans sa version de route, le moteur M88 développe 277 chevaux à 6 500 tr/min. Cela peut sembler modeste aujourd’hui, mais en 1978, c’était une puissance énorme. Surtout, ce bloc est connu pour sa sonorité métallique et rageuse, et sa capacité à monter très haut dans les tours, avec un rupteur placé à plus de 7 000 tr/min.
L’un des plus grands atouts de ce moteur, c’est sa fiabilité. Contrairement à de nombreuses mécaniques italiennes de l’époque, réputées capricieuses, le M88 est robuste et endurant. C’est un moteur de course civilisé pour la route, mais qui ne renie jamais ses origines.
Ce bloc a eu une vie après la M1. Il a servi de base pour les moteurs qui ont équipé deux autres légendes de la marque : la BMW M635 CSi (E24) et la toute première BMW M5 (E28). C’est dire à quel point ce six cylindres en ligne était bien né. Il a fondé à lui seul la réputation des moteurs « M ».
La M1 en compétition : la folie du championnat Procar
Le destin sportif de la M1 est aussi paradoxal que sa production. Née pour la course, elle a failli ne jamais y briller à cause des retards. Quand les premières voitures sont enfin prêtes, les règles d’homologation ont changé, et la M1 n’est plus compétitive en Groupe 4 et Groupe 5.
Jochen Neerspach, voyant son projet de compétition tomber à l’eau, a alors une idée de génie. Plutôt que de laisser les M1 de course au garage, il crée un championnat monotype spectaculaire : le BMW M1 Procar Championship. L’idée est simple : faire courir ces voitures en lever de rideau des Grands Prix de Formule 1 européens.
Le concept est explosif. Les cinq pilotes de F1 les plus rapides des essais du vendredi se voient confier une M1 Procar et affrontent des pilotes d’endurance et de tourisme sur la même grille de départ. Les courses, disputées en 1979 et 1980, sont un succès immense et attirent un public énorme.
Un plateau de rêve 🏁
Imaginez une course avec Niki Lauda, Nelson Piquet, Mario Andretti, James Hunt, Jacques Laffite et Didier Pironi au volant de la même voiture. C’est ce que le Procar a offert. Les deux champions de la série furent Niki Lauda en 1979 et Nelson Piquet en 1980.
En dehors du Procar, la M1 a eu une carrière plus discrète. On l’a vue aux 24 Heures du Mans, notamment la célèbre « Art Car » peinte par Andy Warhol qui termina 6ème en 1979. Il y a aussi eu une tentative surprenante en rallye avec Bernard Darniche, mais la voiture, trop large et pensée pour le circuit, n’était pas adaptée.
Finalement, même si elle n’a pas eu le palmarès pour lequel elle a été conçue, la M1 a marqué les esprits grâce au championnat Procar, qui reste l’une des compétitions les plus excitantes de l’histoire du sport automobile.
Héritage, valeur et postérité de la BMW M1
L’histoire de la BMW M1 s’est arrêtée en 1981, après seulement 453 exemplaires produits. Mais sa légende n’a fait que grandir depuis. Sa rareté, son design unique, son moteur exceptionnel et son histoire de production rocambolesque en font aujourd’hui l’une des BMW les plus recherchées au monde.
Son statut de collector se reflète dans sa valeur sur le marché. Une BMW M1 en bon état se négocie aujourd’hui entre 500 000 et plus de 800 000 euros. Les modèles avec un historique particulier ou un faible kilométrage peuvent même dépasser le million d’euros. C’est un investissement pour passionnés.
La M1 a aussi marqué l’histoire de l’art. Deux exemplaires ont été transformés en « Art Cars » :
- La première par l’artiste américain Frank Stella.
- La seconde, et la plus célèbre, par le pape du Pop Art, Andy Warhol, en 1979.
Même si elle n’a pas eu de descendante directe, l’héritage de la M1 est immense. Elle a établi le badge « M » comme une référence absolue en matière de performance. En 2008, pour célébrer ses 30 ans, BMW a présenté le concept M1 Hommage, une relecture moderne de ses lignes. On retrouve aussi un peu de son esprit dans des modèles plus récents comme la BMW i8, avec sa silhouette basse et son moteur central (hybride, cette fois).
FAQ : vos questions sur la BMW M1
Pour finir, on a rassemblé les questions qu’on nous pose le plus souvent sur cette voiture de légende.
Q1. Quand la BMW M1 a-t-elle été produite ?
R: Sa production a eu lieu entre 1978 et 1981.
Q2. Combien d’exemplaires de la M1 ont été fabriqués ?
R: Environ 453 exemplaires au total, dont 399 versions de route et environ 54 versions de course.
Q3. Qui a dessiné la BMW M1 ?
R: Elle a été dessinée par le célèbre designer italien Giorgetto Giugiaro et son studio Italdesign.
Q4. Pourquoi la BMW M1 est-elle si rare ?
R: Principalement à cause de sa production très complexe et de l’arrêt du partenariat initial avec Lamborghini, ce qui a limité le nombre d’unités fabriquées.
Q5. Quelle est sa vitesse maximale ?
R: La version de série atteint une vitesse maximale de 262 km/h.
Q6. Qu’est-ce que la série Procar ?
R: C’était un championnat monotype organisé en 1979 et 1980, où des pilotes de F1 s’affrontaient sur des M1 de course en lever de rideau des Grands Prix.
Q7. Le moteur de la M1 a-t-il été utilisé sur d’autres BMW ?
R: Oui, des versions dérivées du moteur M88 ont équipé les premières BMW M5 (E28) et M635 CSi (E24).
Q8. Est-ce la toute première voiture « M » ?
R: Oui, c’est le premier et à ce jour le seul modèle entièrement conçu et développé par la division BMW Motorsport.
Q9. Quel est son prix aujourd’hui ?
R: Sa valeur est très élevée, généralement située entre 500 000 et plus d’un million d’euros selon l’état et l’historique de la voiture.
Q10. Existe-t-il une version cabriolet de la M1 ?
R: Non, aucune version cabriolet officielle n’a été produite par BMW.
Q11. A-t-elle gagné les 24 Heures du Mans ?
R: Non, mais elle y a participé. Son meilleur résultat est une 6ème place au général en 1979, obtenue par la version Art Car d’Andy Warhol.
Q12. Pourquoi a-t-elle un double logo BMW à l’arrière ?
R: C’est un clin d’œil esthétique au concept-car BMW Turbo de 1972, qui avait aussi cette particularité.
Q13. De quel matériau est faite la carrosserie ?
R: La carrosserie est en fibre de verre, une technique courante pour les supercars de l’époque afin de réduire le poids.
Q14. Pourquoi la collaboration avec Lamborghini a-t-elle échoué ?
R: À cause des graves difficultés financières de Lamborghini à la fin des années 70, qui empêchaient l’entreprise de respecter les délais de production.
Q15. Quel type de châssis la M1 utilise-t-elle ?
R: Elle est construite sur un châssis tubulaire en acier, une architecture typique des voitures de course et des supercars de cette période.
Q16. La M1 a-t-elle eu une suite ?
R: Non, elle n’a jamais eu de descendante directe. La BMW i8 est souvent vue comme son héritière spirituelle en termes de design et d’architecture à moteur central.
Q17. Était-elle confortable ?
R: Pour une supercar, elle était considérée comme relativement utilisable au quotidien, avec une bonne visibilité et une ergonomie soignée, mais elle restait une voiture de sport pure et dure.
Q18. Qui était le principal concurrent de la M1 ?
R: Sur la piste, ses concurrentes désignées étaient la Porsche 934 et 935 et la Ferrari 512 BB. Sur la route, elle se mesurait à la Lamborghini Countach et la Ferrari 308 GTB.
Q19. Le moteur M88 est-il atmosphérique ?
R: Oui, dans ses versions route et Procar, le moteur est atmosphérique. Des versions turbocompressées ont été développées plus tard pour le Groupe 5, atteignant jusqu’à 850 ch.
Q20. Est-ce que la M1 est difficile à conduire ?
R: Elle est réputée pour avoir un comportement sain et équilibré grâce à son moteur central, mais elle reste une voiture sans aides à la conduite (pas d’ABS, pas de direction assistée), qui demande de l’humilité et du savoir-faire.